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Harcèlement scolaire : le handicap, un facteur aggravant ?

27 Juil 2021 par Catherine service communication, Pas de commentaire »

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A l’école, une couleur de cheveux atypique suffit parfois à déclencher un élan de haine. Des différences plus marquées, telles qu’un trouble moteur, mental ou psychique, peuvent devenir des facteurs plus discriminants encore… La clé ? Sensibiliser.

« A l’école primaire, j’avais l’impression d’être l’objet de torture des élèves et le vilain petit canard des enseignants. Mes camarades renversaient le contenu de mon sac tandis que je regardais, impuissante, mes livres, cahiers et stylos dévaler les escaliers. » Marie Rabatel, autiste, a été victime de harcèlement scolaire durant plusieurs années. Elle était régulièrement insultée, moquée, imitée, bousculée, exclue… bref, humiliée.

En plus de « subir dans l’indifférence générale », elle était punie. « Tout était toujours de ma faute, se souvient-elle. Je me suis donc mise à penser que j’étais responsable de ce que l’on m’infligeait, et je ne me suis jamais défendue, ni n’ai même pensé à demander de l’aide. » Et ses multiples hospitalisations n’arrangeaient rien… Chaque absence creusait un peu plus le fossé qui la séparait des autres enfants.

« De débile à sportive »

Au collège, elle découvre l’athlétisme. Une révélation. Particulièrement douée, elle enchaîne les médailles : championne de France jeunes, quatrième aux Jeux olympiques scolaires… « Dès lors, je n’étais plus perçue comme une débile mais comme une sportive », se réjouit Marie. Les valeurs du sport lui ont permis de « transformer sa passivité en action », de réagir face à ses bourreaux, et le harcèlement a progressivement cessé.

Aujourd’hui âgée de « 46 ans, 5 mois et 10 jours » – l’extrême précision est l’une des caractéristiques de l’autisme –, Marie Rabatel a « pris sa revanche ». A la tête de l’Association francophone de femmes autistes (Affa), elle milite pour plus de tolérance à l’égard des personnes neuroatypiques et, plus largement, handicapées.

Des boîtes aux lettres « papillons » pour libérer la parole

Si aucune donnée officielle n’existe, une enquête de 2019 évalue à 35 % le nombre d’élèves handicapés harcelés contre 14 % des « valides »*. Les signes qui doivent vous alerter ? Anxiété, troubles du sommeil, baisse des résultats scolaires, dépression, trouble des comportements alimentaires, phobie scolaire, automutilation…

Ces violences, d’ordre physique, psychologique ou verbal, peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la vie des jeunes concernés et laisser des traces indélébiles. Pour Bénédicte Kail, conseillère nationale éducation familles au sein de l’association Apf France handicap, « si la réponse apportée par l’établissement scolaire ne suffit pas, il ne faut pas hésiter à interpeller la ligne hiérarchique de l’Education nationale ».

« En parallèle, il faut être à l’écoute de son enfant, ne pas minimiser ce qu’il vit, ni le culpabiliser. Respecter ses peurs, ses angoisses d’aller à l’école et solliciter, en cas de besoin, l’aide d’un psychologue, d’un médecin ou d’une association », recommande Laurent Boyet, président fondateur des Papillons, qui lutte contre les violences infantiles.

Son action phare ? Il déploie des boîtes aux lettres dans les écoles, les clubs de sport et autres structures périscolaires pour aider à libérer la parole. Entre janvier et mai 2021, 272 mots ont été récoltés dans 23 écoles. « Je ne suis pas un monstre, je veux juste avoir des copains », réclame notamment Vincent, autiste.

Des ateliers anti-harcèlement pour apprendre à réagir

Certaines associations proposent également des ateliers anti-harcèlement pour limiter l’impact des troubles relationnels générés par ces violences répétées. L’objectif ? Améliorer l’estime de soi et leur donner les clés pour répliquer à leurs agresseurs, notamment via des jeux de rôle. D’autres, comme l’association Anna ou Apf France handicap, se déplacent dans les écoles pour sensibiliser les élèves.

« Il faut habituer les enfants à la différence, c’est la meilleure façon de l’accepter », assure Laurent Boyet, qui propose également de mettre en place des « cours d’empathie, comme dans les pays nordiques. Les adultes doivent prendre cette problématique au sérieux, conclut-il. Ce n’est pas le harcèlement qui tue, c’est leur inaction, leur passivité. »

* Enquête internationale quadriennale « Health Behaviour in School-aged children – HBSC – La santé des élèves de 11 à 15 ans » (Organisation mondiale de la santé)

Pour aller plus loin
> Notre émission dédiée au harcèlement scolaire
> « Que faire en cas de harcèlement » sur le site officiel de l’administration française
> « Le harcèlement, c’est quoi ? » sur le site « Non au harcèlement »
> « Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales » sur le site de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)
> « Le 3977 : le numéro pour les personnes vulnérables victimes de maltraitance » sur le site du secrétariat d’État chargé des personnes handicapées


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