RUBRIQUES

SUIVEZ-NOUS

Nos derniers articles

Vos derniers commentaires

Mots clés

LIENS UTILES




Sos homophobie : « On est là pour accueillir la parole »

18 Mai 2021 par Catherine service communication, Pas de commentaire »

Imprimer cet article

Chaque soir, des bénévoles se relaient au standard de l’association Sos homophobie pour accompagner les victimes d’actes homophobes ou transphobes. Immersion dans une permanence, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie.

« Sos homophobie, bonsoir ! » Aujourd’hui, c’est Matthieu qui décroche. Enseignant en collège, ce bénévole de 32 ans répond aux appels de la ligne nationale d’écoute de Sos homophobie trois fois par mois depuis près de quatre ans. Ce soir, nous sommes trois à nous serrer dans le minuscule local de l’association, dans le centre de Paris. Matthieu est accompagné par Vanessa, une jeune écoutante en formation.

Au-dessus de leur bureau, une centaine de numéros sont placardés au mur pour réorienter les personnes qui appellent vers d’autres associations en cas de besoin : associations Lgbt locales, hébergement d’urgence, psychologues… « Nous recevons des appels de toute la France, et parfois de l’étranger. On est là pour accueillir la parole, soutenir et rediriger si besoin », résume Matthieu.

19 h, le téléphone sonne pour la première fois de la soirée : une femme transgenre, la cinquantaine. Elle a obtenu le changement de son nom et de son genre sur son état civil, mais son opérateur téléphonique bloque la modification de son prénom sur sa ligne de téléphone portable. Matthieu l’écoute attentivement et propose deux pistes : changer d’opérateur ou contacter les référents juridiques de Sos homophobie, qui pourront examiner la situation et faire un éventuel rappel à la loi auprès de l’opérateur.

L’anonymat, la règle d’or

« Il y a deux grands types d’appel », observe l’écoutant. Des personnes victimes de discrimination et d’actes homophobes ou transphobes : « Agression physique et/ou verbale dans la rue, sur les réseaux sociaux, en famille, au travail… » Elles appellent pour être aidées dans leurs démarches, ou tout simplement pour parler, être écoutées, déposer leur témoignage.

D’autres sont en situation de mal-être et de solitude, parfois à la suite d’une rupture familiale ou sociale. « On peut faire face à des situations extrêmes avec des personnes qui basculent, et se retrouvent dans la rue. »

Au total, 60 bénévoles se relaient pour assurer une vingtaine d’heures d’écoute par semaine (lire encadré). Lors de ces conversations, l’anonymat est la règle d’or, pour permettre à l’écoutant de garder de la distance et à l’appelant de s’exprimer librement, sans avoir peur d’être jugé.

Pour assurer cette mission délicate, chaque bénévole suit une formation de quarante heures en technique d’écoute, droit civil, droit pénal et droit du travail. Puis il (ou elle) assiste à des permanences téléphoniques avec un bénévole confirmé pendant plusieurs semaines, avant de pouvoir décrocher le combiné en totale autonomie.

Rassurer et cerner la situation

Il est presque 20 h. Cette fois, c’est un jeune homme d’une vingtaine d’années au bout du fil. Il a fait son coming out il y a trois ans, a arrêté ses études, ne parle plus à sa mère et a quitté le domicile familial. Il est suivi par un psychiatre et exprime un fort sentiment de rejet et de solitude.

Tout au long de l’appel, Matthieu reprend les propos du jeune homme, les reformule, les interroge. L’objectif est de le rassurer et de bien cerner la situation. A la fin de la discussion, il propose de le mettre en lien avec des associations Lgbt de la ville.  

Chacun des appels a fait l’objet d’une fiche permettant aux bénévoles de reprendre la conversation si la personne recontacte l’association. C’est aussi un outil précieux pour l’association, qui publie chaque année, le 17 mai, son rapport annuel.

2 400 témoignages en 2020

Avec la crise sanitaire, les situations d’isolement et de haine en ligne se sont amplifiées. En 2020, Sos homophobie a ainsi recueilli près de 2 400 témoignages via sa ligne d’écoute, le tchat et le formulaire de signalement en ligne. « On est dans une période particulière où on a besoin des autres, et d’élans de solidarité plus que jamais », rappelle Matthieu.

Cet élan de solidarité, c’est aussi ce qui le motive à continuer : « Ce n’est pas une relation d’aidant à aidé, c’est une relation entre deux personnes, l’une qui se confie et l’autre qui accueille sa parole. Chacun en tire quelque chose. » Avec pour horizon commun : le droit de chacun à vivre librement et sereinement, quelle que soit son orientation sexuelle.


Étiquettes : ,

Réagissez